L'Union - 15 mai 2009  

Nuage de Tchernobyl : un gendarme contaminé attaque l'Etat français
 
Le dernier Carolo mag' rapporte que Victor Hugo, de passage dans les Ardennes, avait été frappé par le nombre de goitreux. Aujourd'hui, s'il y a à nouveau beaucoup de cancers de la thyroïde, c'est une conséquence de la catastrophe de Tchernobyl. 

AINSI que nous l'avons évoqué dans notre dossier d'hier, consacré au nucléaire, un gendarme ardennais, réclame à l'Etat français 150.000 euros de dédommagement, pour le cancer de la thyroïde qu'il a contracté, affirme-t-il, suite à la catastrophe de Tchernobyl. Il l'estime, en effet, non seulement imputable à l'explosion du réacteur de la centrale ukrainienne, mais encore davantage à la désinvolture délibérée de nos gouvernants de l'époque (certains sévissent toujours !).
Ils avaient volontairement dissimulé la gravité de la situation, maquillé les chiffres de la contamination en cours et tu les conséquences qu'il fallait redouter sur la santé publique. Se livrant ainsi, sciemment, à une désinformation caractérisée, à un véritable mensonge d'Etat, en allant jusqu'à prétendre que le nuage toxique s'était arrêté, pile poil, aux frontières de notre Hexagone !
Au niveau national, une association existe, qui regroupe déjà des centaines de victimes du cancer de la thyroïde, mais ce militaire ardennais mène son combat en solitaire, soutenu dans ses certitudes et défendu par Me Emmanuel Ludot, du barreau de la Marne. Celui-ci est ainsi intervenu, hier matin, devant le tribunal administratif à Châlons-en-Champagne, pour y présenter le volumineux mémoire qu'il a remis à la présidente.

Il y aura sans doute de nouvelles expertises. Ses adversaires, les représentants des divers ministères concernés -l'Etat a rejeté la demande d'indemnisation, par une décision du 15 février 2006- n'étaient pas présents physiquement, mais avaient sans doute, eux aussi, transmis leurs argumentaires par écrit. S'agissant d'un dossier aussi complexe, il ne fallait naturellement pas s'attendre à une décision immédiate et le tribunal s'est effectivement donné jusqu'au 28 mai, pour exprimer son avis.
Sans préjuger, il est vraisemblable qu'il ordonnera une nouvelle expertise du gendarme malade, en faisant appel à des généticiens et à des spécialistes en médecine nucléaire, la précédente n'ayant pas tenu compte de son affectation en Corse, en 1986. Ce département avait pourtant été l'un de ceux, parmi les plus exposés aux retombées radioactives. Une expertise judiciaire y est d'ailleurs toujours en cours, depuis 2005, dans treize villages de l'île, où de fortes pluies s'étaient abattues, au passage du nuage toxique.
Me Ludot a estimé très regrettable que, comme dans tous les autres grands scandales sanitaires du genre dans notre pays, ce soit toujours aux victimes de fournir les preuves scientifiques, entre leur état de santé actuel et leur présence sur des lieux contaminés, pour tenter d'établir la responsabilité des pouvoirs publics. Il a ainsi formulé le souhait, s'agissant du nuage de Tchernobyl, qu'on se réfère à la jurisprudence du Conseil d'Etat concernant l'amiante.
Selon l'avocat rémois, « le vent est heureusement en train de tourner » après plus de vingt ans de dénégations. Il a d'ailleurs notamment remis à la présidente du tribunal, pour preuve que ce sujet commence effectivement à être pris en considération, le texte du projet de loi ayant préludé à l'indemnisation des victimes de nos essais nucléaires, texte dans lequel il est fait état aussi, en toutes lettres, du cas particulier des contaminés de Tchernobyl.