ENCORE UNE PREUVE QUE L'ETAT SAVAIT ET CACHAIT LA VERITE AUX FRANCAIS

L'indépendant - 26 avril 2006

Un médecin raconte comment, en novembre 1986, ses analyses ont été saisies par les autorités.

" Sept mois après Tchernobyl on est venu me saisir mes analyses"
Le médecin biologiste carcassonnais François Bluche raconte comment il avait la preuve, quelques semaines après la catastrophe, que le nuage avait touché l'Aude. Et comment on est venu saisir ses résultats sur ordre du préfet…
 
Dans le concert de propos rassurants orchestré par les pouvoirs publics dans les mois qui ont suivi la catastrophe nucléaire de Tchernobyl, il était incongru, à l'époque, de faire entendre une voix divergente. Le médecin biologiste carcassonnais François Bluche  en a fait la triste expérience.
Vingt ans jour pour jour après ce qui fut l'un des accidents les plus graves de la fin du xx siècle, l'homme n'a rien oublié. A l'époque, il venait de monter, en marge de son activité médicale, un laboratoire d'analyses de l'environnement qui existe toujours, Ecomarine-Techniscience. Et il raconte, dans le deuxième tome  de ses mémoires (*), ce qui  s'est passé quelques semaines après l'explosion du réacteur numéro 5 de la centrale Ukrainienne.
 
L'eau du Fitou contaminée.
"En août, se souvient François Bluche, notre laboratoire reçut des prélèvements d'eau de puits de la région du Fitou: la  radioactivité était cent fois supérieure au taux maximum autorisé
". Quelques jours plus tard, au mois de septembre, c'est du thym des Corbières qui est analysé par le médecin: "Il contenait 2000 becquerels par kilogramme".
Ensuite, c'est au tour des palombes abattues par un ami chasseur. Cette fois, le résultat est tout simplement ahurissant: la chair des volatiles contient pas moins de deux millions de becquerels par kilo! " Là, l'explication était simple: comme pour les bécasses, dont nous avions aussi analysé les échantillons, les pigeons venaient directement de Suède ou d'Ukraine. Mais le thym, lui, n'avait pas voyagé…", raconte François Bluche.
Inquiet, il fait alors paraître une annonce dans la presse locale afin d'encourager les chasseurs et les ramasseurs de champignons à faire analyser leurs produits avant de les consommer. "Nous reçûmes plusieurs dizaines d'échantillons, tous contaminés", se souvient-il. A l'époque, l'Indépendant publie une partie de ces résultats, laissant entendre - déjà- que l'on cache la vérité à la population.
 
"Panique injustifiée"
Et François Bluche de raconter la suite: "le 20 novembre à 19h, j'allais fermer la porte du laboratoire quand deux gendarmes de la brigade de recherches et un civil brandissant une carte tricolore m'ordonnèrent de les laisser entrer.(…) Un des gendarmes se mit en travers de la porte, main sur son arme, le second se posta derrière ma chaise, les mains sur le dossier, et le civil se présenta comme inspecteur de la répression des fraudes. Il avait un ordre de réquisition signé du préfet, qui disait notamment : En raison de la publication sous forme de publicité, par un laboratoire non agrée des résultats d'analyses de radioactivité dont la nature est susceptible de produire un sentiment de panique injustifié dans la population…". Avec le recul, le mot "injustifié" paraît tout simplement surréaliste…
 
François Bluche a dû remettre son cahier de paillasse, les tickets du compteur GEIGER, le double de tous les résultats des trois derniers mois et la totalité des échantillons qu'il possédait encore,  autant d'élément qui furent envoyés directement au laboratoire officiel de Montesson.
"La loi du silence a continué pendant des années", regrette François Bluche. Le médecin soupire: "En distribuant de l'iode à la population,  on aurait pu au moins éviter les atteintes à la thyroïde qui se sont multipliées après Tchernobyl". Lui même et son épouse gardent toujours quelques comprimés d'iodure de potatium à portée de mains. Au cas où…
 
LR