Tchernobyl : Pellerin dit avoir respecté les textes,       

 31/08/2006 - AFP - Le professeur Pierre Pellerin, poursuivi dans l'enquête sur le passage en France du nuage radioactif de Tchernobyl en 1986, a assuré devant la juge avoir totalement respecté la réglementation sur la protection des populations, ce que la Criirad, partie civile, conteste.
"Aucune réglementation applicable à l'époque n'a été violée de quelque façon que ce soit par mon service et par moi-même", a assuré le professeur Pellerin lors d'une audition le 19 juin devant la juge d'instruction Marie-Odile Bertella-Geffroy dont l'AFP a eu connaissance.
L'ancien responsable du Service de protection contre les rayonnements ionisants (SCPRI) a été mis en examen le 31 mai par la magistrate pour "tromperie aggravée".
La justice lui reproche notamment d'avoir été responsable du maintien, de l'introduction et de l'exportation de denrées alimentaires dangereuses pour la santé, car dépassant les normes fixant les taux de radioactivité présentant des risques pour la santé.  Plus de 500 victimes de maladies thyroïdiennes sont parties civiles.
Interrogée par l'AFP, la Criirad (Commission de recherche et d'information indépendantes sur la radioactivité) dénonce la mauvaise foi de M. Pellerin.
 "La justice détient des dizaines de certificats signés de sa main affirmant que des lots d'aliments importés sont +consommables sans restriction+ alors que les analyses révélaient des niveaux de contamination très supérieurs aux limites fixées par un règlement européen du 31 mai 1986 d'application obligatoire en France", affirme-t-elle.
 Le SCPRI avait pour mission de surveiller le niveau de contamination du territoire et d'alerter en cas de problème ses ministères de tutelle, dont celui de la Santé.
 Après le passage en France du nuage lié à l'explosion de la centrale ukrainienne de Tchernobyl, le 26 avril 1986, il affirmait que "l'élévation relative de la radioactivité" en France était "très largement inférieure au limites réglementaires et qu'il faudrait imaginer des élévations 10.000 ou 100.000 fois plus importantes pour que commencent à se poser des problèmes significatifs d'hygiène publique".
 "Il y a eu en 1986 une cacophonie totale dénoncée par les organismes internationaux sur les limites d'application obligatoire. On a présenté comme des limites réglementaires des références qui n'avaient aucun fondement ni scientifique ni réglementaire. Je m'en suis tenu, en ce qui me concerne, à la réglementation française et à la directive Euratom du 15 juillet 1980", s'est défendu M. Pellerin.
Interrogé par la juge sur la non-prise en compte de normes européennes plus restrictives, M. Pellerin a expliqué que, selon lui, ces recommandations n'étaient pas "contraignantes".
La commission européenne recommande toujours "de tenir compte des conditions économiques et sociales des Etats membres", justifie-t-il.
 "Les directives européennes qui obligent les Etats membres à tenir compte des spécificités anatomiques et physiologiques des enfants sont totalement contraignantes. Aucun Etat ne peut invoquer des conditions économiques pour s'en exonérer", répond la Criirad rappelant qu'un enfant en bas âge était dix fois plus vulnérable qu'un adulte à l'iode 131 véhiculé par le nuage radioactif.
"Et de fait, en France, beaucoup d'enfants, notamment en Corse, ont reçu à la thyroïde des doses très supérieures aux limites de la réglementation française et européenne", conclut l'association.