Le professeur Pellerin rattrapé par Tchernobyl

Christophe Labbé et Olivia Recasens

Tout est parti d'une plainte déposée en 2001 par 500 malades de la thyroïde qui imputent leur cancer au nuage de Tchernobyl. La juge Marie-Odile Bertella-Geffroy vient de convoquer celui qui dirigeait alors le Service central de protection contre les rayonnements ionisants (SCPRI), chargé de protéger la population en cas de pépin nucléaire. A 82 ans, le professeur Pellerin se retrouve accusé de « tromperie aggravée » et « blessures involontaires ».

C'est le résultat des perquisitions effectuées en 2001 et 2002 à Matignon, aux ministères de la Santé, de l'Environnement, de l'Industrie, de l'Agriculture, au CEA, chez EDF, à la Cogema... Des tonnes de notes confidentielles et de chiffres de contamination épluchés par deux experts judiciaires, qui ont rendu en décembre un rapport accablant pour le professeur Pellerin. On y lit en substance que le SCPRI a eu très rapidement connaissance de taches de contamination élevées et qu'il a minimisé le risque auprès des autorités et du grand public, allant jusqu'à occulter certains pics de radioactivité. Les experts soulignent que certaines populations, de par leur consommation de produits locaux, « ont pu être soumises à une contamination qui pourrait être semblable à celle de certains territoires proches de la centrale de Tchernobyl en avril-mai-juin1986 ». Un rapport, réalisé en Corse, révèle ainsi des contaminations dramatiques pour le lait de brebis et les fruits et légumes. « Ce document commandé à l'Observatoire régional de la santé en Corse par le SCPRI est resté secret près de quatorze ans », dénonce le journaliste Jean-Michel Jacquemin-Raffestin, qui vient de publier un livre d'enquête fouillé sur le sujet (1).

Toutefois, la mèche allumée par l'Association française des malades de la thyroïde risque de faire long feu. Il est en effet impossible d'apporter la preuve scientifique que tel cancer de la thyroïde est bel et bien dû aux retombées de Tchernobyl

1. « Tchernobyl, cachez ce nuage que je ne saurais voir » (éditions Guy Trédaniel).

© le point 01/06/06 - N°1759 - Page 68 - 307 mots