minute 21 juin 2006 (page 14)

Désinformation sur Tchernobyl

Tchernobyl. Pendant dix ans, ce nom devait symboliser l’impéritie de l’Union soviétique et le risque nucléaire que celle-ci a fait courir au monde entier. Seulement voilà, le temps passe, l’oubli fait son ½uvre. Jean-Michel Jacquemin-Raffestin ne s’y résigne pas…

 La « Pravda » de Gorbatchev n’a pas eu le monopole du mensonge. Les grands médias occidentaux – et en particulier pour la France TF 1 ou Antenne 2 -  ont rivalisé de mauvaise foi sur les risques que l’explosion faisait courir aux Français. Au moment du drame, il importait de rassurer les populations à tout prix. A la télévision, Brigitte Simonetta lut un bulletin météo truqué annonçant un violent anti-cyclone barrant tout l’est de la France ? C’est ainsi qu’est née la légende du nuage de Tchernobyl s’arrêtant miraculeusement juste avant la frontière française.

 Au journal télévisé, c’est le bal des « experts », tous plus rassurants les uns que les autres :

 Pierre Pellerin, directeur du Service central de protection contre les rayons ionisants, se signale tout particulièrement dans le rôle de l’anesthésiste. Le jour de la catastrophe, le 26 avril 1986, il déclare sans rie : « Ca ne menace personne ! Sauf peut-être, dans le voisinage immédiat de l’usine, et encore, c’est surtout dans l’usine que je pense que les Russes ont admis qu’il y avaient des personnes lésées. »

 A l’origine de l’explosion, une expérience bâclée, faite contre toutes les règles de sécurité. Les conséquences réelles ? Il est difficile de les mesurer précisément. Ce qu’on sait,  c’est que l’explosion a été 130 fois supérieure aux deux lourdes bombes lâchées sur Hiroshima et Nagasaki au Japon. Les eaux du fleuve Saint-Laurent au Québec, celle de la rivière Delaware en Pennsylvanie se sont trouvées contaminées par l’explosion en Ukraine.

 Ce livre est consacré surtout à un recensement des diverses contaminations qui ont été observées en France. Il ne s’agit pas d’un brûlot antinucléaire, qui serait l’½uvre d’un khmer vert, mais d’abord d’une critique de la « maldémocratie » française. L’auteur stigmatise avant tout la lâcheté, non seulement des politiques, (ceux-là, leur procès est fait soir et matin), mais aussi des journalistes, jamais en retard d’une leçon de courage à donner aux autres, mais qui se gardent bien de  poser les problèmes quand ces problèmes s’avèrent vraiment dangereux.

 Quelles sont les conséquences sanitaires de Tchernobyl aujourd’hui ? Des maladies thyroïdiennes (et en particulier le cancer) sont particulièrement à craindre. Les statistiques sont difficiles à établir. L’auteur recense chaque région touchée en France de la Champagne Ardennes à la Corse. Oh ! bien sûre, en valeur absolue, les chiffres restent très faibles par rapport à l’Ukraine, où s’est déroulé le drame – les autorités soviétiques n’ayant officiellement prévenu les populations que trois jours après l’explosion. Mais une étude américaine avance, pour la France, le chiffre de 9 500 morts par cancers issus de la contamination du nuage de Tchernobyl. Une paille ? A titre comparatif, on nous annonce que le nombre de morts par accidents de la route est passé l’année dernière, sous le seuil symbolique des 5 000 décès annuels. Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’on a beaucoup moins parlé des morts de Tchernobyl. C’est une véritable omerta que ce livre dénonce et qu’il contribue à lever.

Joël Prieur.

Jean-Michel Jacquemin-Raffestin, Tchernobyl, 20 ans après, cachez ce nuage que je ne saurais voir,

éd. Guy Trédaniel, 388 pages, 24 euros port compris. Sur commande à Minute 15 rue D’Estrées 75007 PARIS.