Lundi 12 avril 2009 :
Radioactivité : le Mercantour n'est plus surveillé

Réalisées hors tapage médiatique, les mesures de radioactivité sur les retombées de l'accident de Tchernobyl ont été stoppées tout aussi discrètement dans le Mercantour. En 2005 - ainsi que nous venons de l'apprendre incidemment - l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) a cessé ses investigations. Il les menait dans une zone test, 27 km2 sur la commune d'Isola, s'étageant de 1700 à 2700 mètres d'altitude. « Notre mission s'est arrêtée après avoir rempli ses objectifs », explique Philippe Renaud, chef de laboratoire à L'IRSN. « Nous avons pu déterminer que les doses relevées étaient négligeables et sans réel danger pour la santé de la population... »

26 avril 1986, un des quatre réacteurs de la centrale nucléaire de Tchernobyl explose en Ukraine et envoie au-dessus de l'Europe un énorme nuage radioactif. De nombreux pays sont touchés, mais pas la France. Du moins officiellement. Car il faut patienter dix ans pour que les pouvoirs publics commencent à faire machine arrière et admettent le bien-fondé de l'alerte, sonnée beaucoup plus tôt par un organisme indépendant, la CRIIRAD (1). Dès 1988, celle-ci a débuté des prélèvements. Dans le Mercantour, elle détecte des « taches » de petite taille, mais très actives. L'une d'elles, près du col de Pelouse, en Haute-Tinée, recèle sur un mètre carré des doses 60 à 80 fois supérieures au milieu naturel.

Des taches de contamination

Que faire de ces taches ? On envisage de recourir à l'armée pour enlever celles situées près des lieux de passage avant de renoncer, au regard de leur nombre et de leur dissémination. Faute de s'en débarrasser, l'IRSN est donc chargé en 1997 d'étudier leur origine et leur impact. « Elles sont issues de la fonte des neiges, du goutte à goutte concentrant la radioactivité sur de petites surfaces », précise aujourd'hui Philippe Renaud. « Réparties sur l'ensemble de l'arc alpin, elles contiennent du césium 137, mais aussi du plutonium provenant d'essais atmosphériques d'armes nucléaires antérieurement testées par l'Union soviétique et les USA ». Du césium 134 a également été dispersé par Tchernobyl, mais il n'est plus actif à ce jour, perdant la moitié de son rayonnement tous les deux ans.

Forte teneur en césium du lait

Sur les taches et à proximité, sont collectés échantillons de terre, végétaux, myrtilles et framboises. Leur contamination demeure « limitée ». Et les champignons censés concentrer le césium ? « On n'en a pas trouvé suffisamment (sur les points chauds) pour se faire une idée précise ». Est également analysé le lait des vaches du secteur. Sa teneur en césium 137 est cent fois supérieure au lait de plaine et dix fois supérieure à celui d'autres régions d'altitude. Inquiétant ? « On reste à des doses faibles », assure Philippe Renaud.

Constatant que la contamination décroît doucement, l'IRSN a donc mis fin à sa campagne. Il n'exclut pas de revenir d'ici deux à trois ans. « Il n'y a jamais eu de réel danger », conclut Philippe Renaud. En concédant « que toute exposition à la radioactivité, même légère, augmente le risque de cancer... »

1. La Commission de recherches et d'informations indépendantes sur la radioactivité.

Monaco-Matin