Tchernobyl

De nombreux enfants ukrainiens seraient toujours contaminés

Les animateurs de l’association « Les enfants de Tchernobyl » ont fêté, hier à Geispolsheim, le 3000 e accueil organisé dans le Grand Est. L’occasion d’un bilan sans concession.

Début juillet, 114 enfants ukrainiens sont arrivés, avec cinq accompagnatrices parlant le français, en Alsace, mais aussi dans cinq autres départements du Grand Est. Une centaine d’autres les rejoindront en août. « Depuis 1993, ce sont 35 groupes et 3 000 gamins que nous aurons ainsi accueillis », s’est félicité, hier, Thierry Meyer, président des « Enfants de Tchernobyl », qui habite à Pulversheim. L’association comporte 450 familles adhérentes, essentiellement dans le Haut-Rhin.

Terrible constat d’échec

Quelque 300 personnes, pour la plupart des familles d’accueil avec leurs jeunes hôtes, participaient à ces festivités organisées à Geispolsheim, grâce à l’engagement de la responsable locale, mais aussi à l’appui du maire et vice-président du conseil général du Bas-Rhin, Sébastien Zaegel, qui a mis le complexe sportif à leur disposition. « L’évocation de Tchernobyl fait aujourd’hui encore froid dans le dos », a relevé ce dernier, en parlant de « plus grande catastrophe liée à l’activité humaine, hors guerre ».

Sans doute ne croyait-il pas si bien dire. « Le premier bilan que nous pouvons faire est celui d’un terrible constat d’échec », a enchaîné Thierry Meyer, chimiste de profession, en affirmant que « certains des enfants, qui n’étaient pas nés en 1986, au moment de l’explosion du réacteur de Tchernobyl, ont dans leur corps autant de césium 137 radioactif que leurs parents 24 ans plus tôt ». Des mesures faites avant leur départ d’Ukraine, il ressortirait que « la majorité des enfants ont plusieurs centaines de becquerels dans leur organisme, 11 d’entre eux plus de 2 000 bq, 3 plus de 10 000 bq et une des jeunes Ukrainiennes 19 645 bq », a-t-il précisé, en observant qu’ « en France, un travailleur de l’industrie nucléaire, contaminé par quelques dizaines de becquerels, est immédiatement pris en charge ».

« La contamination radioactive s’effectue uniquement par le biais de la chaîne alimentaire », a-t-il expliqué, en dénonçant « l’attitude coupable de l’Organisation mondiale de la santé ». S’élevant contre « la désinformation et le mensonge », il a regretté que « rien ne soit fait pour les 8 millions de personnes qui, à 2000 km de chez nous, en Ukraine, en Russie et au Belarus, continuent de vire dans un environnement radioactif dangereux ». Et i l dit craindre le pire pour l’an prochain, qui marquera le 25 e anniversaire de la catastrophe. « On nous présentera des reportages idylliques, disant que tout va bien », ironise-t-il, en évoquant des reportages cependant très contrastés.

Pour sa part, le professeur Michel Fernex — qui a rappelé les combats notamment contre le nucléaire, menés au côté de son épouse, Solange, décédée — a confirmé que « la zone contaminée est beaucoup plus vaste qu’on ne l’imaginait ». Il a insisté aussi sur le travail fait par l’association sur place, à travers des relais, pour « sensibiliser la population et lui conseiller d’éviter les produits locaux — lait, du gibier, poissons — mais aussi les légumes des jardins et les champignons et baies des forêts ». Mieux vaudrait s’en tenir à la nourriture vendue dans les supermarchés…

300 000 œufs en bois vendus

Reste que l’association a quelques raisons de se réjouir. « Grâce à des milliers d’heures de bénévolat et à la vente de plus de 300 000 œufs en bois », elle a pu offrir 80 000 jours de vacances à des enfants âgés de 7 à 11 ans, dont certains reviennent plusieurs années de suite, et qui repartent en meilleure santé.

« Un accueil de trois semaines permet de réduire de 30 % la charge en césium 137 de l’organisme des enfants », assure son président, en insistant aussi sur « les effets psychologiques positifs ». « Ensemble, nous avons rendu l’espoir à des milliers de personnes qui savent que de simples citoyens, en France, sont présents pour les soulager », veut croire Thierry Meyer.

Yolande Baldeweck