Tchernobyl : non-lieu requis pour le Pr Pellerin

À la tête de l'Autorité de protection nucléaire en 1986, le scientifique est accusé d'avoir minimisé les retombées radioactives sur la France.

Il aurait certainement souhaité meilleur calendrier. En pleine catastrophe nucléaire au Japon, la responsabilité du Pr Pierre Pellerin dans la gestion qu'eut la France des retombées du nuage de Tchernobyl voilà vingt-cinq ans, est étudiée par la justice. Une étiquette colle à la peau du Pr Pellerin : celle d'avoir été l'homme qui aurait déclaré que «le nuage s'est arrêté à la frontière». S'il n'a en réalité jamais prononcé cette phrase, celui qui était alors le directeur du Service central de protection contre les rayonnements ionisants (SCPRI), est accusé d'avoir minimisé l'impact des retombées radioactives sur la France et des risques encourus par la population. Une attitude qui, selon les parties civiles, serait responsable d'une hausse des cancers de la thyroïde.

«Tromperie aggravée»

Le dossier dans lequel Pierre Pellerin âgé de 88 ans est mis en examen depuis 2006 pour «tromperie aggravée» était étudié jeudi à huis clos par la cour d'appel de Paris. Elle dira si la juge Marie-Odile Bertella-Geffroy peut poursuivre son enquête commencée en 2002. Le parquet général qui requiert un non-lieu estime, que, à ce jour, l'accident de Tchernobyl du 26 avril 1986 n'a pas eu de conséquences sanitaires mesurables en France. À l'issue de l'audience, même l'avocat des parties civiles, Me Bernard Fau, pronostiquait la fin prochaine de l'enquête. La décision sera rendue le 7 septembre.

De leur côté, deux associations (l'Association française des malades de la thyroïde et la Criirad, la Commission de recherche et d'information indépendantes sur la radioactivité) souhaitent que soit reconnue la responsabilité du scientifique. Elles accusent le patron du SCPRI d'avoir volontairement transmis des communiqués partiels et partiaux tendant à rassurer la population entre le 30 avril et le 5 mai 1986. Les parties civiles s'appuient sur une expertise judiciaire ayant conclu en 2005 que «la restitution par le SCPRI des informations concernant la contamination radioactive du territoire, aussi bien aux autorités décisionnaires qu'au public, n'a été ni complète ni précise et que, certaines valeurs ont été occultées». Pour les parties civiles, l'instruction doit se poursuivre afin de mettre en lumière les «failles» de la communication des pouvoirs publics lors de la catastrophe.

«Nous sommes très en colère»

Jeudi, les débats ont également porté sur la pertinence d'un rapport demandé par la juge d'instruction sur la prévalence des cancers de la thyroïde en Corse, région particulièrement arrosée par la pluie lors du passage du nuage radioactif. Selon le prérapport, les fichiers d'un endocrinologue de Bastia montreraient une augmentation de 44 % de la maladie parmi la population générale. Un chiffre extrêmement contesté puisque, tout d'abord, seule l'étude de l'apparition de la maladie chez les enfants de moins de 5 ans en 1986 serait pertinente. De plus, les diagnostics étant plus fréquents, l'incidence des cancers de la thyroïde augmente nécessairement. Par ailleurs, en Amérique du Nord, non exposée à Tchernobyl, le taux de cancers de la thyroïde est le même qu'en France.

Le 2 mai 1986, Pierre Pellerin affirmait que «ni la situation actuelle ni son évolution ultérieure ne justifient dans notre pays quelques contre-mesures sanitaires que ce soit». Pur produit du nucléaire à la française, cet ancien professeur de médecine à l'université Paris-Descartes a toujours soutenu que les retombées radioactives ont certes existé mais qu'elles n'étaient pas dangereuses. À l'époque, des pays voisins de la France avaient mis en œuvre des mesures de protection des populations (distribution d'iode et interdiction de consommer certaines denrées).

«Nous sommes très en colère. Nous souhaitons que le mensonge d'État prenne fin. Nous sommes pour la transparence. Aujourd'hui, est-on sûr de ce qui se passe à Fukushima ? interrogeait jeudi Chantal Garnier, coprésidente de l'Association française des malades de la thyroïde qui regroupe 3 700 personnes. En 1987, les médecins diagnostiquent à cette femme aujourd'hui âgée de 61 ans un cancer de la thyroïde qu'elle attribue à la catastrophe de Tchernobyl. Nous reprochons au Pr Pellerin d'avoir menti. Il aurait fallu éviter de consommer des fruits et légumes frais. En cas de non-lieu, nous irons plus haut.» Seul un pourvoi en cassation serait alors envisageable.