L'Etat fautif, selon la commissaire du gouvernement
NOUVELOBS.COM | 07.12.2007 | 14:39

Deux Corses atteints de cancers de la thyroïde attaquent l'Etat, estimant qu'il a "volontairement dissimulé l'ampleur de la radioactivité". La commissaire admet qu'il est fautif, mais sans reconnaître la causalité entre le nuage radioactif et leur maladie.

Vue général de Tchernobyl

Vue général de Tchernobyl

(c) Reuters
La commissaire du gouvernement du tribunal administratif de Bastia estime, jeudi 6 décembre, que l'Etat a commis une faute, en ne prenant pas "de mesures adaptées" face au passage du nuage radioactif de Tchernobyl. Le tribunal examine une demande en réparation pour "faute lourde" de l'Etat, déposée par deux Corses atteints de cancers de la thyroïde, après le passage du nuage radioactif de Tchernobyl au-dessus de l'île.
Mais la commissaire du gouvernement (qui ne représente pas le gouvernement mais est chargée de dire le droit) précise qu'il n'est pas possible pour autant d'établir une relation de cause à effet entre la survenue de cancers en Corse et le nuage radioactif. "L'existence d'un lien de causalité, certain et direct, entre la présence du nuage radioactif et la survenance de la maladie des requérants n'est pas établi", estime la commissaire Geneviève Vescovali.

L'Etat peut "polluer quand il veut, où il veut"

La Corse a été la première région française atteinte par le nuage radioactif, le 29 avril 1986, trois jours après l'explosion d'un des réacteurs de la centrale nucléaire
Geneviève Vescovali écarte, en outre, l'argument des plaignants selon lesquels l'information du public aurait été insuffisante et même volontairement falsifiée.
Un avis que conteste l'avocat des deux Corses, Me Emmanuel Ludot: "Cela revient à dire que l'Etat a le droit de polluer quand il veut, où il veut puisque il n'est jamais possible de prouver avec certitude un lien de causalité, ni dans cette affaire, ni dans les contaminations de l'hépatite C, ni dans l'affaire du sang contaminé...".

Principe de précaution

Les plaignants, Charles Lacourarie et Maryse Suzzoni, respectivement âgés de 9 et 29 ans au moment des faits, soutiennent qu'en avril 1986, l'Etat a "volontairement sous-estimé les données de radioactivité, totalement détourné l'information du public et volontairement dissimulé l'ampleur de la radioactivité", commettant ainsi une faute engageant sa responsabilité.
"Si au moment du passage du nuage de Tchernobyl, il n'y avait pas eu dissimulation des informations se rapportant à la santé publique - ce qui contrevient au principe de précaution -, Charles Lacourarie et Maryse Suzzoni auraient pu prendre toutes les mesures utiles et notamment surveiller leur alimentation", soutient Me Ludot.
Les deux plaignants réclament chacun 150.000 euros de dommages et intérêts à l'Etat. Le tribunal administratif de Bastia rendra sa décision le 20 décembre.