NouvelObs.comSemaine du jeudi 1 juin 2006 - n°2169 - Notre époque

Tchernobyl

Un mensonge sans conséquences ?

Contrairement à une légende, le professeur Pierre Pellerin, ancien directeur du SCPRI - le Service central de Protection contre les Rayonnements ionisants -, n'a jamais dit que le nuage de Tchernobyl s'était arrêté à la frontière française... Il a seulement répété avec constance que la catastrophe du 26 avril 1986 n'avait eu aucune conséquence sur la santé des Français. Vingt ans après, le professeur Pellerin devait être entendu, le 31 mai, par la juge Marie-Odile Bertella-Geffroy, dans le cadre de l'instruction d'une plainte déposée par des malades de la thyroïde et une association indépendante, la Criirad (1). Quelle que soit la suite donnée à la procédure, il est incontestable que le professeur Pellerin et l'ensemble des autorités françaises se sont abstenus, à l'opposé de leurs homologues européens, de prendre la moindre mesure pour protéger les populations. Le 29 avril 1986, le centre nucléaire de Marcoule (Gard) détecte un niveau de césium 137 multiplié par 20 000 ! Pour le SCPRI, « aucune élévation significative de la radioactivité » sur le territoire. Une dépêche AFP du 2 mai assure : « Aucune raison de mettre en oeuvre des mesures sanitaires spéciales en France, selon le professeur Pellerin.» Puis le SCPRI prétendra qu'«il faudrait imaginer des élévations dix mille ou cent mille fois plus importantes pour que commencent à se poser des problèmes significatifs d'hygiène publique». Depuis, un rapport de l'Institut national de Veille sanitaire a estimé que Tchernobyl était responsable de 7 à 55 cancers de la thyroïde sur l'est de la France. Et le prix Nobel Georges Charpak évalue le bilan du nuage de Tchernobyl en France à 30000 cancers mortels (2). Mais à l'époque ce n'était pas un « problème significatif» pour les autorités sanitaires françaises.


(1) Commission de Recherche et d'Information indépendantes sur la Radioactivité ; www.criirad.org

(2) « De Tchernobyl en Tchernobyls », Odile Jacob. Voir aussi, de Jean-Michel Jacquemin-Raffestin, « Cachez ce nuage que je ne saurais voir... », Guy Trédaniel Editeur.



Michel de Pracontal