"Tous les Français ont été contaminés par Tchernobyl"

mercredi 26 avril 2006, par Anne-Aël DURAND

Jean-Michel Jacquemin-Raffestin, enquête depuis dix ans sur les conséquences sanitaires de l’explosion de la centrale de Tchernobyl, et vient de publier "Cachez ce nuage que je ne saurais voir..." (éditions Guy Trédaniel, 390 pages)
Propos recueillis par Anne-Aël Durand (26/04/2006)

Il y a vingt ans, le nuage de Tchernobyl, venu d'Ukraine, se propageait sur l'Europe. Comment ont réagi les autorités française à l'époque ?

Elles n'ont pas réagi. Elles ont même donné des ordres pour faire de faux bulletins météorologiques, ce qu'attestent des journalistes comme Laurent Cabrol ou Jean-Pierre Pernaud. On a expliqué à l'époque que l'anticyclone des Açores avait repoussé le nuage. C'est comme ça qu'est né le mythe du "nuage qui s'arrête à la frontière". Dans les jours qui ont suivi l'accident de Tchernobyl, le ministre de l'Agriculture a écrit dans un communiqué : "Le territoire français, en raison de son éloignement, a été totalement épargné." C'est un faux en écriture pour lequel il n'a pas été condamné.

Qu'aurait dû faire le gouvernement ?

Il y avait des précautions très simples à prendre : interdire la consommation de fruits, de légumes frais et de lait, vider bacs à sable et piscines, rentrer les animaux pour éviter qu'ils broutent une herbe radioactive. Les autres pays européens l'ont fait. L'Italie, qui avait connu la catastrophe de Seveso, a même demandé aux gens d'éviter de procréer dans les six mois qui ont suivi.

Quelles ont été les régions les plus touchées ?

Le nuage a touché une moitié est de la France - la Corse, la région Paca, le Bas-Rhin, le Haut-Rhin... - mais en fait, tous les Français ont été contaminés par ingestion d'aliments, en mangeant par exemple des fruits et des légumes de Provence.

Quelles sont les conséquences sur la santé ?

On parle beaucoup des cancers de la thyroïde, provoqués par l'iode, mais ce n'est que la partie immergée de l'iceberg. De nombreux cancers du foie, du poumon, du côlon ainsi que certains diabètes insulino-dépendants sont dus à une contamination au césium, mais les gens ne font pas forcément le lien avec Tchnernobyl. On peut mesurer la charge en césium à l'aide d'examens anthropogamamétriques.

Peut-on chiffrer le nombre de victimes ?

C'est absolument impossible. Le césium a une demi-vie de trente ans. Les cancers vont s'étaler sur vingt, trente, quarante ans et on ne pourra pas les relier à Tchernobyl.