Théodore MONOD

      PREFACE

                                                          La catastrophe de Tchernobyl (26 avril 1986) n'a pas fini de terrifier l'Europe et de poser à un public qui refuse des informations téléguidées et partiales du lobby nucléaire, les réflexions les plus graves sur la situation la plus inquiétante créée désormais par l'impasse où la France a tenu, seule d'ailleurs parmi les nations industrielles, à se précipiter tête baissée, au risque de voir la doctrine du "tout nucléaire" conduire le pays à des dangers d'ampleur sans cesse croissants.

     Le terrible problème des déchets a enfin révélé qu'il était devenu pratiquement insoluble malgré tant d'affirmations optimistes inspirées sans doute à l'E.D.F. à ce qu'elle appelle, apparemment sans rire sa "transparence".

       On ne fera donc jamais assez pour informer impartialement les français sur le redoutable problème que pose désormais la poursuite d'une industrie nucléaire qui doit faire face à des menaces sans cesse nouvelles et sans cesse grandissantes parmi lesquelles la question des déchets devrait inspirer quelque modestie aux défenseurs attitrés du nucléaire.

         On sera donc heureux de voir un chercheur compétent, Monsieur Jean-Michel Jacquemin, mettre son importante documentation au service de la vérité et non de la propagande, au risque de surprendre, voire de scandaliser de nombreux lecteurs imprudemment habitués à faire confiance aux affirmations d'une autorité trop souvent soucieuse de ses intérêts que de la vérité.

            Cet important ouvrage se divise en deux parties, la première se trouvant consacrée aux conséquences du passage sur l'Europe du centre et de l'ouest du nuage radioactif libéré par l'explosion de Tchernobyl, et la seconde traitant des conséquences locales de la catastrophe du 26 avril 1986.

            En ce qui concerne la diffusion européenne du nuage radioactif, les lecteurs français devront constater qu'à côté des nations ayant prit des mesures de protection (Hollande, Allemagne, Suède, Italie, Grèce), concernant, par exemple, le lait et certains légumes, la France restera volontairement muette puisque la version officielle diffusée par la presse était que le nuage radioactif se serait bien gardé de franchir les frontières orientales de notre pays.

            Nombre de données précises, acquises depuis, prouvent cependant qu'il n'en n'était rien et que ni l'Alsace ni le Mercantour ni la région Niçoise, ni la Corse n'ont été épargnées par les radionucléïdes des Ukrainiens. Pour l'Est de la France, à Clairvaux-les-lacs (Jura), on relève pour le 1er mai 1986 un taux de 36.630 Bq/m2 en césium 137, et dans la forêt du Boréon (Var) une radioactivité de 56.900 Bq/m2 en césium 137.

            C'est à la rémanence de ces pollutions que l'on doit les chiffres récemment relevés chez des champignons et des sangliers. Cette histoire est édifiante, elle est en tous cas bonne à connaître pour ceux qui croient encore à la "transparence" des pouvoirs publics quand il s'agit des problèmes gênants pour les services officiels.

            La partie du livre traitant des problèmes se posant dans la région de Kiev, à proximité de Tchernobyl sont l'objet d'un exposé détaillé, qui lui aussi provoquera quelques surprises chez le lecteur français. On peut craindre en effet que les conséquences de la catastrophe de Tchernobyl ne se révèlent avec le temps qui passe infiniment plus graves pour la santé humaine qu'on ne nous l'avait dit jusqu'ici. On comprend d'ailleurs que le puissant lobby nucléaire ne tient nullement faire connaître les dimensions véritables d'une tragédie dont l'ampleur ne peut encore être que très partiellement soupçonnée.

            L'ouvrage de Monsieur Jean-Michel Jacquemin, nourri d'une documentation dont on appréciera la richesse et la précision, constituera un recueil des sources et des références que l'on voudrait voir largement utilisé par tous ceux qui ont la mission de dire au public la vérité et, par conséquent, en tout premier lieu, aux journalistes. On peut imaginer le volume des oppositions que la publication de cet ouvrage ne manquera pas de susciter : elles sont prévisibles mais n'enlèveront rien à la sagesse du dicton latin "amicus Plato sed magis amica véritas". (1)

                                                                                    

 

 

Théodore Monod

(1) Platon est mon ami, mais la vérité est ma grande amie.